Histoire d’ « autrice », de l’époque latine à nos jours

Article d’Aurore Evain paru dans Femmes et langues, numéro spécial de la revue Sêméion. Travaux de sémiologie, sous la dir. de A.-M. Houdebine (dir.), 6, fev. 2008, p.53-62, et en réédition numérique, sur le site de la SIEFAR, 2009.

Résumé

Cette recherche s’appuie sur un corpus, non exhaustif, de cent cinquante occurrences des termes auctrix et autrice entre le Ier et le XXIe siècle. Celui-ci dessine une chronologie de l’usage qui recoupe à la fois les grandes étapes de l’histoire de la langue, de la fonction auteur et de l’accès des femmes à la sphère publique. Il témoigne surtout de la légitimité terminologique de ce féminin pour désigner la femme qui écrit. Nous nous attardons plus particulièrement sur le XVIIe siècle, lorsque la langue s’institutionnalise et se politise, étape-clé dans l’effacement du féminin autrice et la généricisation du masculin auteur.

Mots clefs : autrice, auctrix, Académie française, histoire, dictionnaires, usages.

Conclusion

La mise à jour de l’histoire de ce féminin permet de démonter un certain nombre d’arguments avancés par les opposants à la féminisation, et pointe les multiples contradictions et omissions de l’Académie française, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui. Non seulement autrice n’est pas un néologisme, mais il puise même sa légitimité terminologique dans une histoire aussi longue que passionnante. Contrairement à ce qui a été avancé dans les Histoires de la langue, son emploi péjoratif est extrêmement limité et le fait le plus souvent des opposants à la féminisation. Il est encore moins l’engouement d’une élite qui voudrait imposer son usage de la langue : l’histoire prouve au contraire qu’il fait retour dans le débat public à chaque période de démocratisation et d’avancée dans l’égalité des sexes. Enfin et surtout, ce féminin, loin d’avoir une connotation essentialiste qui enfermerait les femmes dans une littérature dite féminine, porte la marque d’une intervention politique de celles-ci dans la langue et a désigné bon nombre de pionnières qui se sont risquées dans des métiers de l’écrit jusqu’alors fermés aux femmes, comme le théâtre, la rhétorique, le journalisme, la lexicographie, etc. Pour conclure, l’histoire du féminin autrice illustre la nécessité de redonner une « épaisseur historique » au débat sur la féminisation, afin, comme vient nous le rappeler l’un de ses défenseurs, Alain Rey, de se réapproprier « une langue bien vivante, que l’on peut d’autant mieux défendre que l’on connaît son histoire.

Lire l’intégralité de l’article en ligne

Présentation de la conférence « Autrice / Actrice : d’un féminin à l’autre » (Institut National d’Histoire de l’Art, Journées d’étude Nommer, Penser, Inscrire la création dans l’Histoire : les arts vivants au prisme du genre XVIe – XXe siècles ; Séminaire Genre et création dans l’histoire des arts vivants (XVIe-XXIe s., EHESS).

Découvrir : Deux femmes de l’Ancien Régime osent « Autrice » !

Il était une fois… « autrice ». L’aventure d’une décennie

Abstract

Although based on a non-exhaustive corpus, this research establishes a chronology of the usage of the terms “autrix” and “autrice” in one hundred and fifty instances ranging from the first to the twenty-first centuries. By studying these occurrences through major developments in the history of language, the function of the author and the access of women to the public sphere, it posits above all the feminine terminological legitimacy for female authorship. This work engages an in-depth analysis of the seventeenth century as the turning point for the institutionalization and politicization of language when the erasure of the feminine “autrice” gave way to the genericization of the masculine “auteur”.

Key words: Autrice, auctrix, authoress, French Academy, history, dictionaries, written/spoken usage.

Ces recherches ont été présentées pour le première fois dans le cadre du séminaire « Rapports sociaux de sexe dans le champ culturel », 2004-2005, sous la dir. d’E. Viennot et G. Sellier, séance d’octobre 2004 (Université de Columbia à Reid Hall, Paris), Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines, Université de Saint-Quentin en-Yvelines.

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